D’après les guides touristiques, un voyage au pays Toraja donne l’impression de vivre un documentaire. De grandes maisons coiffées de toits en forme de bateau jalonnent de magnifiques rizières en terrasse où les fermiers travaillent avec leurs buffles.
Dans cette contrée reculées, tout tourne autour de la mort et le souci pour chacun de gagner suffisamment d’argent pour organiser des cérémonies funéraires grandioses afin d’honorer leurs défunts.
Ces cérémonies s’accompagnent de sacrifices de buffles et de cochons, de danses traditionnelles et de suffisamment de nourritures et de boissons pour contenter tous les convives. C’est l’occasion de rassembler des familles dispersées aux quatre coins de l’Indonésie et parfois même jusqu’en Australie.
Les Toraja des classes supérieures sont ensevelis dans des grottes funéraires ou dans des tombes suspendues sur des falaises abruptes sous l’étroite surveillance des « tau-tau », effigies en bois grandeur nature des défunts.
Avant de pouvoir « goûter » à cette culture Toraja si particulière, une longue route nous attend du détroit de Lembeh à Rantepao.
Pour y arriver, nous avons enchainer trois quart d’heure de bateau, deux heures de taxi, quatre heures d’attente à l’aéroport, une heure et demi de vol, une heure de taxi, quatre heures d’attente à la gare routière puis huit heures de bus de nuit…
Vous imaginez donc dans quel état de fatigue nous étions en arrivant à destination.
A l’arrivée, notre première impression est quelque peu mitigée car nous sommes constamment sollicités par les guides locaux. Ils proposent de nous « guider » jusqu’aux cérémonies funéraires mais les prix sont exorbitants et il s’avère difficile de s’y rendre par soi-même.
En effet, l’emplacement de ces cérémonies est un secret bien gardé et même l’office du tourisme gouvernemental nous fera tourner en bourrique.
Bien décidé à visiter la région sans guide, nous nous dirigeons vers le terminal de bus de Bolu pour trouver un bemo ou taxi susceptible de nous emmener jusqu’à Batutumonga à une petite heure de route au nord de Rantepao.
Sur place, nous faisons la connaissance de Marie, Béatrice et Olivier, une charmante famille marseillaise dont l’itinéraire du jour est identique au nôtre.
Nous partageons donc un bemo jusqu’à Batutumonga, le point de départ de nos aventures.
En chemin, nous avons pu rencontrer des villageois toujours souriants, ne manquant pas de nous saluer et on en a profité pour apprendre quelques rudiments de bahasa indonesia avec les enfants.
Nous avons pu contempler ces fameuses maisons aux toits si particuliers ainsi que les tombes taillées dans la roche.
Le buffle est l’animal emblématique de la région, utile dans les champs et lors des cérémonies funéraires, on le croise à tous les coins de rue.
Après avoir traversé deux ou trois villages assez typiques, nous sommes sortis des sentiers battus à la recherche d’un « sentier anodin » (private joke) pour finir par se perdre et finir au milieu des rizières.
Les rizières en terrasse sont vraiment magnifiques et nous décidons de les traverser pour rejoindre le village de Tikala. Après quelques hésitations de navigation et quelques belles acrobaties, nous finissons par retrouver notre chemin.
Il ne nous reste plus qu’à trouver un bemo pour retourner à Rantepao. Nous finirons par en partager un avec un groupe d’espagnols et nous finirons à 17 dans le même minivan (initialement prévu pour 7 ou 8 passagers). Les transports au Sulawesi, c’est toute une histoire.
Le lendemain, nous nous mettons sérieusement à la recherche d’une cérémonie funéraire. Comme le monde est petit, nous retrouvons nos amis marseillais au bord de la route et décidons d’unir nos forces.
C’est malheureusement peine perdu car la mafia des guides locaux est plus forte que nous. L’office du tourisme nous a encore raconté n’importe quoi et nos questionnements à répétition en anglais n’y changeront rien.
Un bemo finit par nous déposer au village de Londa. Après avoir contourné une belle rizière, nous arrivons au pied d'une falaise où de vastes grottes funéraires ont été creusées.
Des « tau-tau » perchés sur un balcon gardent l’entrée de la grotte. A l’intérieur, on découvre une série de cercueils en assez mauvais état et des ossements empilés ou éparpillés ça et là.
L’ambiance qui y règne donne froid dans le dos et vous passe l’envie de fumer… Voici une photo intéressante pour une prochaine campagne anti-tabac !!!
Dans l’après-midi, nous iront visiter Ke’Te Kesu, renommée pour ses maisons traditionnelles et ses sculptures sur bois.
Un peu en retrait du village, une falaise est parsemée de tombes troglodytes et de très anciennes tombes suspendues, toujours "surveillées" par ces effrayants "tau-tau"… Toutes ces visites commencent à me mettre sérieusement mal à l’aise !
Le lendemain, nous ferons une courte visite du marché de Bolu où Astrid jettera son dévolu sur un magnifique buffle albinos.
N’ayant pas les moyens de nous offrir cette bête de concours très convoitée (certains buffles pouvant coûter aussi cher qu’une voiture), nous repartons visiter les alentours en scooter avant qu’une averse nous incite à rentrer au bercail.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que ces visites auront marqué nos esprits et nous n'en sommes pas sortis indemnes !!!
Voilà, nos aventures au pays Toraja touchent à leur fin. Nous n’aurons pas eu l’occasion d’assister à une cérémonie funéraire (c'est pas faute d'avoir essayé) mais nous sommes très contents d’être allé à la rencontre des locaux, d’avoir vu ces paysages magnifiques et de s’être un peu imprégnés de cette culture si particulière.
Un grand Merci à Marie, Béatrice et Olivier avec qui nous avons partagé de très bons moments.
Il nous faut maintenant reprendre le bus de nuit pour Makassar avant de redécoller pour Yogjakarta sur l’île de Java.